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Blogueuse prête partez!

Une aventure en Grèce

Le camp Ritsona

Situé à cent kilomètres au nord d’Athènes, ce camp est une nouvelle installation qui a vu le jour suite aux différentes ententes intervenues entre la Grèce et l’union européenne. Plus de sept cents personnes, en majorité des enfants, y resteront pour une durée indéterminée.

Le camp est établit sur une ancienne base militaire, est géré par l’armée et est éloigné de toute civilisation!  Le campement est à « la dure »: pas d’électricité, d’eau courante et de chauffage.

Les réfugiés s’y installent doucement. Les travailleurs humanitaires et les ONG commencent à arriver en grand nombre. Les conditions sont à faire vomir; à tous les jours je râcle les aires communes et ramassent les déchets.  Il y a des papiers et des sacs partout alors c’est toujours à recommencer. Les « campeurs » te remercient mais j’ai envie de crier: « tu sais pas c’est quoi une poubelle »! mais je suis patiente et j’utilise une autre stratégie.  Je donne aux enfants des sacs-poubelle et ils m’aident à ramasser. L’éducation commence par la base, n’est-ce pas?

Les toilettes sont dégueulasses; bien qu’elles soient vidées et nettoyées à tous les jours, leur nombre est insuffisant alors les gens préfèrent aller dans les bois ou dans des endroits inusités!

Les femmes m’offrent à boire ou une chaise pour me reposer.  Les mamans me présentent fièrement leurs enfants et j’en profite pour câliner les petits.  Les enfants sont gentils, ils me disent tous « hello ».

Les jours passent et le camp s’organise de plus en plus. Les petits et les grands ont l’opportunité d’apprendre quelques rudiments de grec et d’anglais grâce à la présence de professeurs bénévoles. L’électricité est installée dans le chapiteau principal et dans les aires communes. Il n’y aura pas de lumière dans les tentes par mesure de sécurité. Demain, ce sera le branchement d’internet; c’est un atout majeur pour les réfugiés car ils doivent communiquer via Skype avec les autorités grecques pour faire leur demande d’asile.

Certains jours, je sens la tension dans l’air. Il y a souvent des prises de bec autour des douches et de l’endroit où les femmes font la lessive. Comment peut-il en être autrement? Ils doivent toujours faire la queue pour l’eau, pour les douches, pour la nourriture, etc. L’information les concernant arrive au compte-goutte et ils ne savent pas quand et comment ils quitteront cet endroit isolé.  Je réalise que les adultes sont épuisés et souvent dépressifs. L’attente est pénible et la situation est tout simplement déconcertante.

Malgré ce constat, les bénévoles ne lâchent pas prise. Ils viennent des quatre coins du monde pour donner ou redonner espoir à toutes ces victimes de la guerre. Les conditions ne sont pas toujours simples mais ils sont toujours au rendez-vous.

C’est dans cet état d’esprit que je quitte le camp et la Grèce.  Mon visa de quatre-vingt-dix jours dans l’espace Schengen vient à échéance et je dois rentrer à Montréal.

Quelle expérience!

 

 

Avant et après

Avant le 9 mars 2016, c’est par milliers que les migrants empruntaient la route des Balkans, franchissant à pied la Macédoine et la Serbie puis la Hongrie ou la Slovénie avant d’atteindre l’Allemagne.  Certains poursuivaient leur route jusqu’en Suède ou vers la Grande-Bretagne.

Depuis, la frontière entre la Macédoine et la Grèce est fermée et ce, jusqu’à nouvelle ordre. Les camps temporaires qui accueillaient les réfugiés se transforment soudain en abris permanents.

Avant le 20 mars 2016, la majorité des réfugiés obtenaient leur visa pour circuler librement en Grèce et pousuivaient leur route.

Depuis, les réfugiés qui sont déjà sur les îles grecques, telles que Lesbos et Chios, sont  transportés vers Athènes. Ils laissent place à tous ceux arrivés après cette date. Ils seront détenus au camp Moria, sur l’île de Lesbos, comme des criminels en attente d’une déportation vers la Turquie. L’armée ayant pris le contrôle de ce camp, les ONG se font plus rares et les conditions de vie de plus en plus difficiles.

*pour plus d’informations, je vous invite à lire un article fort intéressant paru dans la Presse+ du mardi 5 avril 2016 et à consulter un site internet: http://www.newsthatmoves.com

 

 

La corvée

 

Les migrants se font plus rares sur l’île de Lesbos suite aux différentes ententes entre le gouvernement grec et la communauté européenne.

Par contre, les bénévoles de Starfish sont toujours présents aux camps, au port et aux entrepôts. Nous sommes souvent sur appel alors plutôt que de se tourner les pouces, nous procédons au grand nettoyage des berges.

La mer s’est chargée d’ensevelir des dizaines de bateaux (type zodiac) sous des milliers de galets ou sous des centimètres d’algues bien compactées.

C’est munie d’une bonne pelle, de mon opinel (merci Coco!) et d’une bonne dose de courage que j’attaque mon premier bateau. Je travaille seule car j’en fais un défi personnel …ce qui fait bien rire mes compagnons!

C’est en fin stratège que j’analyse la scène, comme les morceaux d’un casse-tête (puzzle pour mes amis français) que l’on jette sur la table et qu’on devine le résultat.

Je découvre les pièces petit à petit, je les découpe, je les empile. Souvent, je pense avoir trouvé le morceau qui facilitera le reste de mon travail ou la pièce maîtresse qui se cache sous un tas de sable, de cailloux et d’eau mais je m’aperçois rapidement que seule la patience et quelques bons coups de pelle me révèleront l’œuvre finale.

Après plusieurs heures de dur labeur, je constate enfin que tous les morceaux sont prêts à être envoyés aux déchets. La mer s’occupera de remettre en place le cratère que j’ai creusé pour atteindre ma cible.

Les jours qui suivent ne sont pas différents: je marche sur la plage et je ramasse les objets rejetés par la mer. J’ai l’imagination fertile. À qui appartient ce jouet, cette chaussure, ce briquet ou même ce passeport trouvé sans photo. Que sont-ils devenus. Les ai-je vus dans les camps? Sont-ils en sécurité dans un pays qui a su les accueillir?

Je ne peux m’empêcher d’avoir des frissons quand je tire sur un pantalon ou un chandail rempli de sable. Et si je trouvais un cadavre? Bon…je dois penser à autre chose et siffler en travaillant!!

Notre équipe est incroyable et infatigable. En quelques semaines, nous avons déterré et déchiqueté des dizaines de bateaux, remplis des centaines de sacs poubelles et surtout, nous avons redonné un peu d’espoir aux habitants de Molyvos.

C’est gens vivent du tourisme et ils ont la chance de travailler dans un endroit magnifique, entouré de plages plus belles les unes que les autres. Pourtant, cette crise migratoire leur a volé leur île et leur boulot. Les touristes gardent en tête les images de plages bondées de vestes de sauvetage, de déchets et de bateaux en ruine.

Grâce aux efforts de toute une communauté, Molyvos peut reprendre ses lettres de noblesse.

 

 

 

Moria, la suite

 

Ce soir là, il fait un froid de canard; l’humidité nous transperce le corps. Il faut trier tout le monde au plus vite et les accompagner soit aux dortoirs ou vers les tentes. Pour y arriver, nous sommes cinq personnes affectées à cette tâche.

Les familles composées d’un chef de famille, de femme(s) et d’enfant(s) et les femmes voyageant seules sont invitées à se rendre aux dortoirs. Ces installations peuvent accueillir, par unité, 50 personnes pour un total de 1,200 personnes. Elles sont munies de toilettes et de douches. Elles sont chauffées et éclairées.

Les hommes seuls ainsi que les familles qui ne veulent pas être séparées car elles voyagent avec plusieurs hommes devront passer la nuit sous des tentes qui ne sont ni chauffées ni éclairées. Vingt à vingt-cinq personnes y sont entassées et une cinquantaine de tentes sont disponibles.

Une fois installés, ils peuvent se procurer des vêtements secs, des couvertures et de la nourriture.

À première vue, mon rôle me semble simple mais dès l’arrivée des premiers voyageurs je constate que je devrai faire preuve de beaucoup de créativité pour faire face aux difficultés de ma tâche.

D’abord, la langue: je dois trouver rapidement dans le groupe de voyageurs la personne qui me servira d’interprète et qui saura leur transmettre toute l’information. Certes, il y a  des traducteurs mais ils ne sont pas toujours disponibles et puisque tout se fait très vite, mieux vaut trouver d’autres solutions pour éviter l’attroupement devant le campement.

Ensuite, les nationalités: afin d’éviter les conflits, voire les batailles, il est impératif de les installer selon leur provenance. Durant cette première soirée, je suis témoin d’échauffourées entre des hommes de nationalités différentes qui ne veulent pas partager le même toit. Heureusement qu’il y a des hommes parmi les bénévoles; malgré toute mes compétences en gestion de conflits (!!) ma présence féminine n’est pas bienvenue.

Enfin, la persuasion: il faut les convaincre de mille façons de prendre place au fond de la tente pour qu’un maximum de gens y soit logés. Cette directive est difficile à faire respecter.

Il est 23h, une famille de 5 personnes arrive. Le chef du campement les accompagne. Il me demande de les installer dans une tente occupée par une famille de 12 personnes arrivée depuis quelques heures. J’ouvre la porte. Tout le monde dort à poings fermés. Je n’ose pas les réveiller et les nouveaux arrivants me supplient de ne pas le faire. Je suis d’accord et je propose au chef de les diriger vers une tente inoccupée. Il ne veut pas prétextant que d’autres refugiés sont attendus. Il entre donc dans la tente avec sa lampe de poche et somme tout le monde de se déplacer et ordonne à la nouvelle famille d’y entrer. J’ai les larmes aux yeux; quel manque d’empathie…

En contrepartie, j’ai eu la chance de rencontrer un jeune syrien de 21 ans  tout à fait exceptionnel. S’exprimant dans un anglais impeccable, il m’a servi d’interprète et il est resté à mes côtés toute la soirée. Nous avons passé un bon moment ensemble et il m’a aidé à « comprendre l’inexplicable ».

Mon quart de travail se termine et je rentre chez moi épuisée mais confiante que ma prochaine visite au camp Moria sera plus positive.

Les réfugiés passent une nuit au camp Moria et sont transportés par autobus le matin suivant vers le port de Mytilini d’où part le traversier vers Athènes.

Je serai à Moria de 2 à 3 fois par semaine.

 

 

 

 

L’Odyssée

 

L’Ulysse que je rencontre au camp est Afghan, Syrien, Irakien ou Africain. Il est homme, femme ou enfant. Il est jeune, vieux ou adolescent. Il est riche ou pauvre, scolarisé ou pas. Il voyage seul, avec des amis ou est accompagné de sa famille. En général, il vénère le même dieu que son voisin mais ne partage pas nécessairement les mêmes valeurs. Il n’est pas agressif; il protège les siens et son bien. Il est confiant mais pas aveugle. Il sait que sa quête sera difficile et qu’il devra affronter les cyclopes, les sirènes et les nymphes des temps modernes. Pourra-t-il revenir un jour sur sa terre natale comme le héros de Homère?

Camp Moria

Ancienne base militaire, ce camp est situé à quelques kilomètres de Mythilène. Les migrants doivent y transiter peu importe s’ils ont été repêchés ou non par la garde-côtière.

Mon quart de travail commence à 15h au camp de Moria. La route pour s’y rendre est longue et sinueuse. J’entre dans un monde tout à fait inconnu; des gens qui font la queue partout, qui crient, qui pleurent, qui rient et à travers tout ce brouhaha, des centaine de travailleurs humanitaires.

Mon premier « Ulysse » que je rencontre est une fillette de deux ans. Elle est seule, elle a perdu sa maman. Je lui tend la main, elle vient vers moi tout simplement. Elle ne paraît pas effrayée (elle en a vu d’autres!). Je retrouve enfin sa mère après une quinzaine de minutes d’intenses recherches. De toute évidence, des trois, j’étais la plus nerveuse!

La personne en charge de mon équipe m’explique sommairement le fonctionnement du camp et le rôle que Starfish y tient. Maintenant que j’ai tout saisi (!!), je passe à l’action.

Une fois enregistrés auprès des autorités, étape qui peut prendre plusieurs heures, les réfugiés doivent se présenter à notre « bureau » où un endroit pour passer la nuit leur sera assigné. Et c’est là que commence le début de ma carrière!

À suivre…

 

IRC

Jeudi 6h30. J’attends la voiture qui me conduira au camp où je travaillerai jusqu’à 17h. Situé à plus de 10km du village dans les montagnes faisant face à la Turquie, ce camp est géré par par l’International Rescue Committee (IRC). http://www.rescue.org

N’entre pas qui veut au camp et surtout, pas de photos. Le rôle de Starfish y est très spécifique. Nous disposons de deux chapiteaux où sont entreposés et bien rangés tous les vêtements nécessaires au confort des rescapés de la mer. Nous devons nous assurer que dès leur arrivée, tout le monde puisse avoir des vêtements secs.

Aujourd’hui, le camp est désertique. La mer est déchaînée et les vents  sont forts (nord/est ou nord/ouest…clin d’oeil à cb!!). Aucun bateau ne prendra la mer et c’est tant mieux. Je reviens donc à la maison et reste sur appel toute la journée.

Starfish Foundation 

Starfish Foundation (asteria-starfish.org) est une ONG mise sur pied en 2015 par un groupe d’habitants du petit village de Molyvos. Elle vient en aide aux milliers de réfugiés qui arrivent principalement de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak.

Son quartier général se trouve au restaurant Captain’s table situé au port de Molyvos. C’est à cet endroit que je suis chaleureusement accueillie par un groupe de volontaires. Après quelques heures de formation, je suis prête pour mon premier quart de travail.  J’en ferai six par semaine dont un la nuit. Je suis impatiente de commencer.

La réalité

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Le port de Molyvos

Première journée à Molyvos. Je m’installe et je pars explorer mon nouvel environnement. Mon appartement est entouré d’oliviers, de collines et de belles villas. Je marche quelques mètres et la mer Égée s’offre à moi. Je la découvre calme et majestueuse mais je la sais aussi meutrière et sans merci pour ces milliers de migrants qui la traverse. Le temps est dégagé, j’aperçois la Turquie à moins de 10km. Et la réalité me frappe; comment se fait-il que des gens meurent si près du but?

Je vais prendre un café au port. Le bateau de la garde-côtière arrive transportant une cinquantaine de migrants. D’où arrivent-ils? Étaient-ils à la dérive? Ces questions seront posées lors de ma première réunion au sein du groupe.

Je regarde la scène de loin. La police les somme de se mettre en ligne. Quelques-uns seront fouillés avant de s’identifier aux autorités.

Je poursuis ma route et quelques heures plus tard je reviens au port. Je croise les nouveaux arrivants et ils affichent un beau sourire, je suis émue.

 

 

 

Avant de partir

Quelques lignes avant de quitter le Québec (il fait -20•C) vers la France, premier arrêt avant la Grèce sur l’île de Lesbos. C’est devant un café que j’effectue mes derniers préparatifs.  Lire la suite

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